“Tout a été consacré.
Les créatures de la forêt le savent,
La terre le sait, les mers le savent, les nuages le savent,
Tout comme le cœur rempli d’Amour.”
– Sainte Catherine de Sienne
Ce que signifie la consécration
La consécration est l’offrande consciente et aimante de nos actions, de nos pensées, de nos intentions et, ultimement, de notre être tout entier à la Réalité suprême – le Cœur spirituel. Plus intime que le mental et plus essentielle que la personnalité, cette Réalité est l’essence même de notre être et, par la consécration, notre vie s’accorde à elle. Essentiellement, la consécration est l’acte d’offrir intérieurement la vie à sa source sacrée.
Pourquoi consacrons-nous ?
Par l’acte de consécration, nous aspirons à une vision plus consciente et plus sacrée de l’existence. L’approche ordinaire de la vie, fondée sur l’ego, tend à être égocentrée : « J’agis », « Je pense », « Je veux ». Nous nous approprions ainsi toutes nos actions, créant davantage de conditionnements karmiques – des chaînes personnelles. Même lorsqu’une action peut sembler généreuse ou noble aux yeux des autres, elle peut encore être intérieurement mêlée d’attachements subtils, de peurs, de saisissements ou de besoins de reconnaissance, d’importance personnelle, de contrôle ou de réussite spirituelle. La consécration nous inspire une aspiration à l’authenticité et à la clarté dans notre vie, ce qui relâche ces tendances égotiques.
Un engagement envers le Sacré
La consécration est le commencement d’une disponibilité, d’une confiance et d’une aspiration plus profondes envers notre Essence sacrée, dans lesquelles même l’intention de nos actions est progressivement abandonnée à la sagesse rayonnante du Cœur. C’est un engagement envers l’authenticité, l’amour, l’humilité, l’aspiration et l’abandon. En elle-même, la consécration ne rend pas la vie sacrée et ne crée pas le sacré ; elle nous aide simplement à reconnaître, à honorer et à retrouver le caractère sacré de la vie, qui a toujours été là.
Ce que la consécration n’est pas
La consécration n’est pas une négociation avec un Dieu inconnu, comme lorsque nous demandons une faveur particulière, sollicitons la permission d’agir d’une certaine manière ou prions pour obtenir un résultat précis. Il arrive que le mental tente subtilement de conserver le contrôle tout en recouvrant ses préférences d’une bénédiction sacrée. De même, la consécration ne devrait pas être pratiquée comme une stratégie d’autoprotection ou par peur, comme si son but était d’éviter un karma défavorable ou d’assurer une issue plus favorable. Pratiquée quotidiennement, la consécration nous enseigne à nous ouvrir au-delà de nos peurs et de nos préoccupations personnelles. Cette offrande sacrée ne doit pas non plus être abordée comme une superstition destinée à nous protéger du karma, ni être considérée comme un acte religieux formel ou une obligation, car une telle vision dogmatique ne fait que renforcer le sentiment de séparation.
La consécration ne remplace ni le discernement, ni la lucidité, ni le sens des responsabilités dans la vie concrète ; elle les purifie et les illumine.
La consécration selon Hridaya
La consécration, telle qu’elle est pratiquée à Hridaya, peut être exprimée ainsi :
Nous consacrons à Dieu, l’essence même de notre être, les fruits de nos actions, de nos pensées et de nos intentions pour cette journée (ou pour cette méditation, cette action, ce projet, etc.).
Après un moment d’offrande intérieure en silence, en nous ouvrant pour ressentir son écho intérieur, nous poursuivons :
Et nous consacrons notre être tout entier. Nous nous abandonnons à Dieu (le Bien-Aimé), le Cœur spirituel.
Puis, de nouveau, nous faisons une pause, en nous abandonnant à son écho.
Précision
Pour certains, le mot « Dieu (le Bien-Aimé) » est profondément inspirant, car il éveille la dévotion et une expansion de la conscience vers une Réalité universelle, transcendante et éternelle. Pour d’autres, il est plus naturel de dire : « Je consacre au Soi divin », « à l’Absolu », « à la Réalité », « à la Conscience pure » ou « au Cœur spirituel ».
Ce qui importe n’est pas le nom conceptuel que nous employons, mais le frémissement de notre âme, l’éveil à la nature sacrée de l’Existence, qui se révèle à la fois dans le monde et dans les profondeurs de notre être. La formule recommandée à Hridaya, « Dieu, l’essence même de notre être », préserve toute la beauté dévotionnelle de ce geste, tout en montrant clairement que nous ne nous adressons pas à une autorité lointaine, mais au cœur même de ce que nous sommes. Cette formulation réunit les deux dimensions de la consécration : l’offrande et l’abandon. D’abord, les fruits de l’action sont offerts ; puis l’offrande s’approfondit jusqu’à ce que celui même qui agit soit également abandonné au Cœur.
Au-delà de l’auteur personnel de l’action
La consécration est ainsi un acte de détachement de l’identification personnelle et de toute revendication, tout en continuant à agir avec conscience et de tout notre cœur. Cette désidentification du sentiment personnel d’être l’auteur de l’action n’est ni de l’indifférence, ni de la passivité, ni un manque de responsabilité. Nous relâchons simplement, intérieurement, la tendance à nous approprier le résultat, le mérite, le succès, l’image, ou même la tendance à construire une identité spirituelle à partir de ce que nous offrons. Sur le chemin spirituel, il existe le danger de s’approprier intérieurement la pureté, le caractère sacré ou le mérite d’une action, et de les utiliser pour renforcer une image spirituelle de soi. Par exemple, l’ego peut encore secrètement s’en attribuer le mérite lorsque nous pensons : « Cette action prouve que je suis sincère », « Je fais quelque chose de sacré » ou « Cela montre que je suis un bon Karma Yogi. » Peu à peu, la consécration adoucit ce centre contracté du « mien », et la vie commence à respirer depuis son véritable centre : le Cœur.
Une prière pour la transparence
Essentiellement, consacrer revient à adresser une prière pour la transparence intérieure : que cette action n’appartienne pas à l’ego. Que ses fruits ne soient pas attribués à la personnalité. Que cette action, ainsi que toute la motivation dont elle émane, soient offertes et rendues à leur Source suprême, divine : le Cœur spirituel. La consécration est donc une aspiration profonde à vivre et à agir à partir de notre Véritable Nature plutôt qu’à partir de l’ego.
La consécration est aussi un rappel : un retour répété de l’oubli vers le Cœur.
La non-Reaction
Grâce à la consécration, nos actions se chargent d’une dimension plus profonde de conscience. Elle nous aide à passer d’une manière de réagir à la vie – réaction qui naît du fait que nous nous percevons comme une personne séparée – à une manière d’agir depuis un espace silencieux et transparent et, ultimement, depuis le Cœur.
Consécration et abandon
La consécration commence par l’offrande des fruits de l’action ; l’abandon approfondit ce geste jusqu’à ce que le sentiment même d’être l’auteur de l’action soit lui aussi déposé dans le Cœur.
Au début, nous pouvons ressentir : « J’offre les fruits de cette action. » Puis, quelque chose de plus profond s’éveille : « Que mon être tout entier soit offert. » Ainsi, le centre de gravité se déplace. Au lieu de demander au Divin de confirmer ou de bénir nos projets, nous devenons disponibles, transparents au mouvement divin, à la Grâce elle-même.
Alors, nos actions deviennent plus légères et plus authentiques. L’effort se libère des contractions de l’ego, et la liberté de la Pure Présence se révèle. Tout en demeurant pleinement conscients et responsables, nous ne sommes plus alourdis par l’appropriation personnelle.
La nature non duelle de la consécration
Puisque la consécration nous relie à l’Immobilité du Cœur, elle devient plus intime et plus profonde lorsque Dieu est révélé comme l’essence même de notre propre existence. Au début, la consécration peut sembler relever de la dualité : « J’offre quelque chose à Dieu. » Mais, lorsque le Bien-Aimé est révélé comme étant le Cœur, elle devient profondément intime. Bien que la consécration soit un acte d’offrande, celui à qui nous offrons est le Cœur, le Soi véritable ; c’est pourquoi elle est une offrande non duelle.
Dans la révélation ultime, il n’y a plus un être séparé qui offre, ni un Dieu séparé qui reçoit. Il n’y a que le rayonnement du Cœur, le mouvement spontané de la Réalité en elle-même.
C’est pourquoi les enseignements de Hridaya soulignent que la consécration devrait progressivement devenir continue, jusqu’à se fondre dans l’abandon. Les mots peuvent demeurer utiles, mais vient un moment où la formule elle-même se dissout dans le silence, un silence imprégné d’adoration, qui conduit finalement à une reconnaissance bienheureuse de l’unité, au sentiment d’être enfin chez Soi.
Pourquoi disons-nous : « actions, pensées et intentions » ?
Du point de vue du Shivaïsme du Cachemire, il existe trois énergies divines fondamentales : iccha shakti (le pouvoir de la volonté ou de l’intention), jnana shakti (le pouvoir de la connaissance ou de la cognition) et kriya shakti (le pouvoir de l’action), qui sont parfois symboliquement associées au trident de Shiva. Ces énergies archétypales se reflètent dans notre expérience de la vie :
- Tout d’abord, nous pouvons ressentir l’élan de créer quelque chose. Il s’agit d’un reflet de la première énergie fondamentale, iccha shakti, le pouvoir sacré de la volonté ou de l’intention.
- Ensuite, une connaissance intérieure ou un discernement peut émerger, nous donnant une direction (ce que nous pensons, imaginons, interprétons et concevons mentalement). Il s’agit d’un reflet de la deuxième énergie fondamentale, jnana shakti, le pouvoir sacré de la connaissance ou de la cognition.
- Enfin, vient l’action à travers laquelle cet élan prend forme (l’expression extérieure, le mouvement qui se manifeste dans la vie). Il s’agit d’un reflet de la troisième énergie fondamentale, kriya shakti, le pouvoir sacré de l’action.
Par exemple, un peintre peut d’abord ressentir l’élan de créer, de peindre, puis concevoir intérieurement ce qui demande à être exprimé, et enfin le manifester à travers l’acte même de peindre.
C’est pourquoi consacrer uniquement nos actions est précieux, mais demeure incomplet. Nous pouvons accomplir une action qui paraît noble, tout en étant intérieurement mus par la peur, la vanité, l’agitation, une ambition subtile ou un désir inconscient. En consacrant ensemble nos actions, nos pensées et nos intentions, nous aspirons à purifier et à imprégner de sacralité tout le processus de la manifestation au niveau individuel : l’intention, les pensées, puis leur expression dans le monde à travers nos actions.
Ainsi, nous n’offrons pas seulement l’action accomplie, mais aussi l’élan qui lui donne naissance, la pensée qui lui donne sa forme et l’acte manifesté.
En ce sens, la consécration affine notre rapport à l’action elle-même : celle-ci n’est plus ressentie comme étant simplement « mon action », car elle est reconnue comme enracinée dans la source même de « nos » intentions, de nos pensées et de nos actions : le Cœur.
Offrir l’intention, ainsi que l’ensemble du processus de préparation, avant de le mettre en œuvre rend la consécration véritablement intégrale. Cela revêt une importance particulière du point de vue karmique, car la tradition du yoga enseigne que la racine la plus profonde du karma réside dans l’intention, le désir, l’attachement et l’orientation intérieure d’où l’action prend naissance. Cette compréhension est également très présente dans le bouddhisme. L’intention est particulièrement déterminante, car elle est la graine d’où se déploient la pensée, la parole et l’action.
Centré sur l’ego ou centré sur le Cœur
La consécration, en tant qu’acte intime de reconnexion à la Vérité du Cœur, nous aide à discerner entre une intention enracinée dans l’ego et une intention pure.
L’intention enracinée dans l’ego recherche la confirmation, le contrôle, une image de soi à préserver et quelque chose auquel s’attacher. Elle est motivée par l’ambition, la peur, l’importance personnelle ou le besoin de sécurité. Au niveau mental, une pensée enracinée dans l’ego engendre davantage de pensées, d’agitation, de préoccupations, de jugements, d’anxiété, de référence constante à soi-même, d’orgueil et de séparation. Au niveau physique, une action gouvernée par l’ego tend vers la tension, l’attachement, l’agitation, l’épuisement, le manque d’intégration ou la vanité.
À l’inverse, l’intention pure exprime une ouverture et une disponibilité au Cœur. Elle émerge naturellement de la sincérité, de l’aspiration, de l’enthousiasme, de l’ouverture et de l’humilité. Bien que la puissance de la volonté demeure présente, elle est purifiée des désirs personnels ; elle cesse d’être contractée et centrée sur l’ego pour s’accorder toujours davantage à la Grâce du Cœur. Dans le yoga, ce processus est appelé iccha shuddhi, la purification de la volonté. Cette purification transforme la volonté personnelle en Volonté divine, comprise non comme une influence extérieure, mais comme l’appel le plus intime et le plus authentique à agir.
Lorsque nos actions, nos pensées et nos intentions sont enracinées dans le Cœur, elles deviennent transparentes, paisibles, lucides, cohérentes, humbles, joyeuses, enthousiastes, sages et libératrices, car elles sont en harmonie avec l’Absolu. L’intention devient aspiration spirituelle ; la pensée s’aligne sur le Cœur et se trouve imprégnée de clarté ; l’action devient un service accompli dans l’amour et la conscience, au bénéfice du monde.
La vie elle-même devient spontanéité et caractère sacré.
Un fruit plus profond
Parler des fruits de la consécration est un magnifique paradoxe. Alors même que nous renonçons aux fruits de nos actions, un fruit intérieur plus profond parvient à maturité. Celui-ci apparaît naturellement ; il est simplement la conséquence de la plus grande offrande de notre être et de l’amour qui l’anime. Les fruits ordinaires de nos actions ont tendance à être appropriés comme étant « miens ». Ce fruit plus profond n’appartient pas à l’ego ; il est une ouverture intérieure qui s’épanouit lorsque l’égoïsme est relâché et que la vie devient plus transparente à la Vérité. Lorsque l’ego cesse de s’approprier les fruits, ce qui demeure est une plus grande intimité, une plus grande authenticité et une plus grande liberté, ainsi qu’une participation plus directe à la nature sacrée de l’Existence. Ainsi, l’âme s’ouvre à la réception de la Grâce divine.
Bien entendu, cela ne signifie pas nécessairement que la vie devient plus confortable ou que toutes nos actions réussissent extérieurement, même s’il peut arriver que nous remarquions une plus grande fluidité, une cohérence porteuse de sens ou de subtiles synchronicités.
Il s’agit d’un mouvement naturel qui nous conduit d’une manière superficielle de vivre vers une vie de bonheur et d’harmonie rayonnant depuis le Cœur — ce Cœur qui ne fait qu’un avec le Cœur de toute la création.
Par l’acte même de la consécration et de l’abandon conscient, nous redécouvrons la joie d’une existence emplie de sens.
Nous sommes mus par l’élan enthousiaste et empli d’amour d’offrir notre vie tout entière à Dieu.
Vivre dans l’abandon à Dieu
Au début, l’attitude d’abandon conscient ne se manifeste que par moments, dans des instants de Grâce. Mais, peu à peu, elle devient une constante de notre existence. Nous comprenons alors qu’il ne suffit pas d’établir une intention pure uniquement au commencement d’une action. Chaque instant appelle la conscience du Soi. Une aspiration plus profonde s’éveille : vivre dans l’abandon à Dieu – ou, en d’autres termes, vivre dans la Conscience de l’Unité – instant après instant, dans le caractère sacré du Présent.
Le moment présent devient sacré, non en raison de circonstances favorables ou d’un lieu consacré, mais précisément grâce à l’abandon à la réalité éternelle du Soi divin. Il nous enseigne à entrer dans le temps sacré : le présent n’apparaît plus comme un simple instant de notre histoire personnelle, mais comme une ouverture vivante sur l’Éternel.
Par l’abandon, toute notre vie devient une offrande ininterrompue de nous-mêmes au dessein divin et à la Volonté divine – la Volonté la plus intime du Cœur.
Une explosion dans la Réalité
Peu à peu émerge le sentiment extatique d’une existence guidée par le Cœur. C’est comme si notre être tout entier devenait imprégné de l’énergie de l’amour, de la confiance et de la liberté — une expansion sans limites du Cœur spirituel. Nos pensées, nos sentiments et nos gestes se trouvent imprégnés de la saveur de cet abandon conscient à Dieu. Celui-ci apporte une continuité à la vie spirituelle. Un contact aussi intime avec la Vérité confère une force sacrée dans la vie et sur le chemin spirituel ; il nous accorde l’inspiration et la puissance de poursuivre jusqu’à l’abandon total et inconditionnel à Dieu.
Une harmonie impersonnelle commence alors à se manifester spontanément à travers nous et nous devenons des instruments de la spiritualisation du monde, de la vie tout entière.
Nous pouvons ainsi dire que l’« œuvre » de sacralisation de notre existence, amorcée par le geste de la consécration, trouve son accomplissement dans le geste de l’abandon.
Comment pratiquer la consécration
La consécration peut être pratiquée pendant quelques minutes au début de la journée, avant la méditation ou au commencement de toute activité.
La consécration est aussi une forme d’asana intérieur : une posture subtile de l’âme dans laquelle l’être s’incline vers le Cœur avec humilité, réceptivité et amour.
- Nous commençons par amener notre conscience dans le Centre du Cœur. Nous évoquons l’humilité, l’aspiration et l’amour tout en prononçant la consécration. La consécration ne peut pas être une simple formulation mentale, sèche et mécanique ; elle est porteuse d’une profonde signification dévotionnelle. Cette invocation doit être imprégnée du frémissement mystique d’une prière fervente, emplie d’amour.
- Ensuite, nous faisons une pause, laissant l’âme ressentir l’écho, la résonance de l’offrande dans le Cœur. Nous laissons le silence approfondir l’intériorisation, offrant un espace d’immobilité où la consécration peut résonner intérieurement ; si nous nous hâtons, elle risque de demeurer un simple acte formel. Nous n’avons pas besoin de forcer les choses ni d’attendre une réponse particulière. Le mental tend à transformer notre élan de sincérité en attente, en imagination ou en tension. Nous demeurons témoins de ces tendances lorsqu’elles apparaissent, en restant dans une écoute intérieure silencieuse, une pause au cours de laquelle notre être tout entier apprend à s’adoucir, à recevoir et à s’accorder au Cœur.
- Cette disponibilité consciente est la porte intérieure qui conduit au véritable abandon. Ces effusions de spanda, le Frémissement sacré du Cœur, dans leurs multiples expressions et manifestations (amour, Grâce, joie, paix, confiance, authenticité), ne font que renforcer la certitude de l’unité essentielle du Tout, l’Advaita. Nous ressentons un déplacement : nous cessons de nous identifier au mental pour nous ouvrir à la transparence et à la vastitude.
- Au cours d’une action, nous pouvons nous rappeler l’état sacré évoqué par la consécration.
- Si, au cours de l’action, l’orgueil, la peur, le sentiment de possession ou une forme de contraction surgissent, nous les offrons au feu de la consécration. Nous nous reconnectons brièvement au Cœur et nous nous souvenons de l’écho initial de la consécration. Par cette offrande même, ces états ne demeurent plus de simples états psychologiques personnels ; ils commencent à être vus, purifiés et relâchés dans la lumière du Cœur.
- Si des pensées d’hésitation, de confusion, d’agitation ou de doute surgissent à propos de l’action, nous consacrons également tout notre champ mental.
- Nous poursuivons alors l’action avec lucidité, en abandonnant tout sentiment d’appropriation et toute réactivité personnelle.
- Une fois l’action achevée, nous renouvelons l’offrande et relâchons à nouveau toute appropriation.
Ainsi, le processus tout entier de la vie devient un champ de Karma Yoga. Plus rien ne demeure en dehors de la pratique : ni vouloir, ni penser, ni agir, ni réussir, ni échouer. Tout devient une matière vivante offerte à l’offrande, à la purification, à la lucidité et à l’abandon au Cœur.
La dédicace des mérites dans le bouddhisme
Nous pouvons trouver des similitudes entre la consécration et certaines traditions bouddhistes, dans lesquelles le pratiquant dédie les mérites, ou les fruits de sa pratique, au bénéfice de tous les êtres sensibles. Cette attitude est belle, noble, inspirante et profondément empreinte de compassion, car elle élargit la conscience au-delà des préoccupations égocentrées en cultivant la générosité, l’humilité et le souci de tous les êtres.
En même temps, la consécration selon Hridaya possède une saveur quelque peu différente. La dédicace des mérites dans le bouddhisme met l’accent sur la compassion et sur l’élargissement du cœur jusqu’à inclure tous les êtres. Elle est une manière de cultiver une bienveillance universelle et la non-appropriation dans notre relation à tous les êtres. La consécration selon Hridaya, quant à elle, met davantage l’accent sur l’abandon de l’auteur individuel de l’action à la réalité divine du Cœur, à la fois immanente et transcendante. À partir de là, l’action devient naturellement une bénédiction pour tous.
Bien entendu, ces deux attitudes peuvent se compléter harmonieusement. Nous pouvons nous abandonner intérieurement au Soi divin et, à partir de cet abandon même, reconnaître que les fruits de nos actions sont offerts pour le bien de tous les êtres.
Cependant, pour être tout à fait clair, dans l’enseignement de Hridaya, la consécration n’est pas seulement une dédicace éthique des mérites. Elle est une aspiration au retour ontologique (existentiel) et à la reconnaissance de ce que nous sommes réellement. Elle est semblable à un acte de souvenir par lequel la vague retourne à l’océan et la personne au Cœur universel.
Avec Amour,
Sahajananda
