L’Amour de la Pratique

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L’Amour de la Pratique

Par Sahajananda 

« Je frapperai Shiva à la poitrine avec mes deux flèches : 
La dévotion et la pratique spirituelle,
Décochées par mon arc victorieux de la connaissance.
Dès que je l’aurai atteint,
Je courrai et j’attraperai ces pieds, ma tête s’inclinant pour les toucher. 
Ce trésor me libérera : je n’aurai plus jamais peur de la mort ».
-Raghunath Das

La pratique spirituelle est l’actualisation d’un ardent désir de l’âme ; c’est le brillant diamant qui perce les couches d’illusions. C’est le trésor du yogi. Nous pouvons nous sentir limités, restreints et privés de pouvoir, mais le miracle de la liberté se produit grâce à une pratique consciente. 

La Dévotion dans le Yoga

« Tara Ma, la dévotion est le seul fruit de la pratique spirituelle qui ait de la valeur ». -Nilmani Patumi

La sadhana, la pratique spirituelle, n’est pas un devoir mais un privilège – une chance divine de révéler notre essence. 

Patanjali définit la pratique comme un effort visant à atteindre la stabilité dans un état où les fluctuations du mental ont cessé. C’est la révélation du Voyant, de la Conscience Témoin. Par conséquent, quelle que soit la sophistication de nos techniques ou de nos asanas, suivre des stratégies enracinées dans l’ego ne peut être considéré comme une pratique de yoga. 

Lorsque la Quête du Soi touche notre nature profonde, la qualité de notre pratique spirituelle change. Nous entrons dans un état de grâce où le temps et l’ego se dissolvent progressivement, où il n’y a plus de « moi » pour s’ennuyer, plus de « je » pour s’impatienter. 

Ainsi, un miracle se produit : nous découvrons notre amour pour le yoga. La pratique transcende la simple discipline et se transforme en un acte de dévotion. Elle devient une offrande, une prière sans mots, murmurée dans le langage silencieux et vibrant de l’âme : une consécration de tout notre être au Divin. 

Quel est le lien entre le bhakti yoga et l’amour de la pratique ? Nous le découvrons lorsque nous commençons à ressentir de la dévotion non pas nécessairement pour une divinité, mais pour le rayonnement divin en nous, pour ce que nous sommes, la lumière de la Conscience. 

L’amour qui anime l’Univers est le même amour qui nous appelle à nous éveiller à la Vérité. Lorsque nous en prenons conscience, la pratique n’est plus seulement un effort mécanique ou un moyen d’atteindre un objectif personnel, mais simplement une expression pertinente de cet amour. Une pratique spirituelle signifiante et consciente unifie naturellement le voyage et la destination, le chemin et le retour chez soi.

Notre vie est une histoire d’amour avec le Divin, avec le Soi Suprême ; la pratique spirituelle actualise et rend palpable cette intense intimité à travers des moments de pur félicité.

Imaginez votre cœur grand ouvert et votre âme enflammée d’amour. Comment votre pratique sera-t-elle transformée dans un tel contexte ? Les moments d’immobilité, les asanas, le son subtil (nada), le Souvenir du Soi (« Qui suis-je ? ») et, en finalement, chaque respiration commence à faire écho aux qualités d’élévation de l’âme – la pratique devient une étreinte mutuelle avec le Bien-Aimé.

Khalil Gibran a dit : « Le travail est l’amour rendu visible ». C’est particulièrement vrai pour le travail spirituel. Notre pratique, qui est une forme d’amour, devient le pont entre la personnalité, le pur sentiment du « je » et le Soi Suprême.

Et dans cet émerveillement, une question résonne : « Qui suis-je ? »

Une pratique de Yoga centrée sur le cœur

Souvent, nous voulons avoir les pieds sur terre. Nous choisissons de manger plus que nécessaire et nous nous engageons dans des activités physiques ou mondaines. Mais puisque la Conscience, et non la matière, est le fondement ultime de l’existence, c’est seulement dans le Cœur Spirituel, dans la Conscience Témoin, que nous devenons une véritable inspiration pour nous-mêmes et pour le monde. Lorsque nous nous transformons en pèlerins sur le chemin de Hridaya, du Centre, l’âme se déploie comme un lotus sous le soleil de la Conscience. Elle commence à s’ancrer non plus dans l’éphémère mais dans l’éternel ; non plus dans l’extérieur mais dans l’intérieur ; non plus dans l’illusion mais dans la Vérité.

Le Hridaya Yoga est une voie de liberté que l’on emprunte avec l’enthousiasme et la pureté d’un enfant et avec la sagesse et le dévouement d’un sage. Un tel voyage peut commencer par des asanas pratiqués simplement au niveau physique, mais en devenant de plus en plus raffiné, il se transforme en une odyssée dans les profondeurs du Soi Suprême. 

Et dans cet émerveillement, une question résonne : “Qui suis-je ?”

Aller au-delà du Succès ou de l’Échec

Être véritablement enraciné signifie que notre état intérieur reste inébranlable face à ce que le monde appelle le succès ou l’échec. C’est depuis le cœur que rayonne la source de la sérénité et de la foi. Là où la fleur de la pratique s’épanouit dans le terreau fertile de l’intention pure, de la confiance et de l’amour inconditionnel, intouchée par les doutes de l’esprit sceptique.

Nous portons souvent avec nous le bagage des ambitions mondaines, le réflexe conditionné de mesurer notre vie en termes de réussites et d’échecs. C’est pourquoi, même dans la pratique spirituelle, nous restons liés à la danse chaotique des émotions, à la tyrannie des jugements et des réactions du mental. Le voyage dans le Cœur est d’une nature différente. Les contradictions et les luttes se dissolvent dans l’immensité de l’éternel présent.

Cette prise de conscience apporte une grande liberté. Libérés du fardeau des attentes, nous embrassons la pratique avec joie, détachement et un cœur ouvert. La pratique devient comme un flottement sur un océan sans rivage – expansion, excitation et abandon. 

Ce qui était perçu comme un échec devient un enseignement, un ami déguisé sous l’apparence d’un défi, nous invitant à affiner notre compréhension, à être le témoin de la situation et de nos réactions, et à cultiver la résilience et la compassion pour les autres et pour nous-mêmes. De même, ce que nous percevions comme un succès devient non pas un motif d’orgueil, mais une pure offrande à l’autel de l’ineffable, une confirmation qui nous encourage à poursuivre avec encore plus d’enthousiasme, de gratitude et d’émerveillement.

Dans une pratique authentique, il n’y a pas de pensées ou de préoccupations, car le mental ne s’égare plus dans les soucis liés au temps et aux circonstances – combien de temps, quelle quantité, quelle qualité… Lorsque nous commençons à ressentir que chaque instant consacré de tout cœur à la pratique est un pas de plus vers le Bien-Aimé, vers l’essence même de l’amour, de la vie, ces questions deviennent insignifiantes.

De plus, il ne nous appartient pas de déterminer ou de juger les fruits véritables de nos efforts. Nous sommes simplement heureux de pratiquer pour la joie de la pratique, avec la pureté de notre intention et un sens d’humilité, dans l’esprit du Karma Yoga, où chaque acte est une offrande détachée des fruits qu’il peut apporter.

Néanmoins cela ne signifie pas que nous abandonnons l’aspiration à transcender les limites ou la discipline de la méditation. Au contraire, nous réalignons constamment nos efforts sur des idées fraîches émanant des profondeurs du Cœur par la pratique de la Quête du Soi. . 

Une pratique efficace réside dans notre capacité à être présent et conscient du Soi, à découvrir le sacré dans le mondain, et à embrasser le moment présent comme une offrande.

Incarner l’état naturel

Lorsque notre pratique abandonne toute prétention ou tout effort visant à être autre chose que ce que nous sommes – la Pure Présence – nous commençons à incarner l’état naturel, sahaja.

Nous nous abandonnons alors paisiblement au déroulement mystérieux de notre destinée, avec l’intuition intérieure et la foi totale que nous sommes guidés par une grâce qui dépasse toute compréhension rationnelle. L’abandon apporte la liberté d’être soi-même, de pratiquer sincèrement tout en célébrant sans crainte la beauté illimitée de l’existence.

Tapas

Tapas est la chaleur fervente de l’ardeur spirituelle qui permet à l’âme de s’élever et de se purifier.

Dans tout effort passionné, il n’y a non seulement un effort mais aussi une grâce puisque ce feu est en lui-même divin. Le Shiva Sutra (1:5) dit : “Udyamo bhairavah” – cet élan, ce désir est Shiva, le Suprême ; cette ardeur pure et intense que nous ressentons dans notre cœur est Dieu. Le désir ardent de fusionner avec le Bien-Aimé, la passion qui alimente notre pratique, est en soi l’Essence Universelle Suprême.

Nous faisons l’expérience du feu de tapas lorsque nous méditons et que le cœur pleinement vivant vibre intensément, lorsque tout notre être palpite d’enthousiasme et de joie, lorsque nos cheveux se dressent sur la tête dans un bouillonnement spirituel, lorsque nous sentons qu’aucun obstacle ne pourra jamais entraver cette confiance et cette union bienheureuse…

Cette flamme sacrée intérieure peut également être cultivée. Elle est allumée par une humble persistance, par un amour et un engagement profond envers la pratique elle-même. Ce feu allume l’union mystérieuse entre celui qui cherche et celui qui est cherché, entre la question et la réponse. Lorsque nous posons résolument la question : « Qui suis-je ? », la chaleur fait fondre les illusions qui voilent notre Vraie Nature.

Dans la tradition Soufie, le chercheur est comparé à un papillon de nuit attiré irrésistiblement par une flamme. Nous sommes attirés vers la lumière de la Conscience, heureux d’être consumés par le feu de l’Amour divin. La seule façon de connaître la lumière est de devenir la lumière.

Le Cœur Tout Entier

Les pratiques authentiques de tapas ne relèvent pas de la sévérité de l’ascèse, mais de la pureté de l’intention et de la dévotion. Il s’agit de méditer avec la joie d’un enfant entrant dans un jardin de merveilles, ce qui confère à la pratique un caractère entier.

Comment le tic-tac d’une horloge peut-il mesurer le temps écoulé dans les bras de l’Éternel ? Cette joie du cœur se produit lorsque nous reconnaissons notre Vraie Nature, et que cet effort est total. Qu’est-ce que la Conscience du Soi ? C’est le cœur qui connaît le Cœur de tout son cœur. 

Abhyasa et Vairagya

Abhyasa est le dévouement et l’engagement à revenir à la pratique, à la méditation, avec un cœur désireux de s’ouvrir, de se connaître et de se déposer dans la Quiétude.

Vairagya est l’art du non-attachement, la grâce de s’abandonner au courant de l’existence avec la confiance d’une feuille portée par un torrent. 

Vairagya ne professe pas un détachement envers le monde mais envers les fausses valeurs. 

Dans le Hridaya Yoga, grâce à l’abhyasa, la pratique constante de la Conscience du Soi, nous commençons à entrevoir la perfection originelle, le caractère sacré de notre être, le Soi Suprême. Afin d’approfondir et de stabiliser notre foi, vairagya, le détachement, est nécessaire. Il déracine les vieux paradigmes, les peurs et les identifications subconscientes.

Abhyasa est comme le flot constant d’une source qui rejoint l’océan pour la première fois. La source ne connaît pas encore l’existence de l’océan, mais elle se laisse guider par l’appel de la vallée ; vairagya est cette sagesse qui consiste à apprendre des obstacles et à éviter les fausses directions. Ce sont les étoiles jumelles qui illuminent la quête spirituelle. 

L’âme trouve son rythme authentique dans leur synergie et leur équilibre délicat, vibrant en harmonie avec le chant universel.

Finalement, nous découvrons que la pratique et le non-attachement ne sont pas des tâches à accomplir mais des expressions sans effort d’une même reconnaissance, une forme de bon sens spirituel.

La véritable essence du yoga transcende les limites de la pratique formelle. Le Cœur commence à rayonner l’amour et la foi en l’Unité, changeant radicalement la façon dont nous nous percevons et dont nous vivons au quotidien. Lorsque chaque acte est un geste d’amour, chaque mot un murmure de bonté, la pratique spirituelle devient parfaite. 

Et dans cet émerveillement, une question résonne : « Qui suis-je ? »

Conseils pratiques 

La pratique ne doit jamais être un acte mécanique. Elle doit toujours commencer par une consécration ou par l’évocation de la pureté de son intention. Il convient aussi de contempler :

  1. Le sens de la pratique en elle-même, et 
  2. Qui vous êtes en relation avec cette pratique. 

Essayez toujours de découvrir la signification profonde, archétypale et cosmique de votre pratique ; vous vous embarquez dans un voyage spirituel précisément pour vous souvenir du Cœur Spirituel et de l’Attitude du Témoin. Lorsque vous vous asseyez pour méditer, ce n’est pas un corps qui médite, mais la Conscience même. 

Comme dit Dogen, lorsqu’on médite, on entre dans un courant de pratique pure et continue, qui transcende l’opposition entre moi et les autres. Cette pratique archétypale qui se poursuit à l’infini est la réalisation elle-même…

Cultiver la gratitude 

Une pratique dépourvue du sens de la gratitude n’est pas encore mature et ne peut pas être source d’inspiration. L’absence de gratitude révèle que nous sommes au service de notre égo et de ses attentes insatisfaites. La gratitude pour la pratique est la qualité d’une personne consciente d’elle-même et donc pleinement épanouie, quelles que soient les difficultés ou les défis des circonstances. 

Se sentir fréquemment insatisfait est un auto-sabotage ; c’est verser du poison dans notre âme, en nous suggérant à quel point notre vie peut être frustrante, douloureuse et limitée. Au contraire, la gratitude est un puissant remède à nos limitations. Elle peut et doit être cultivée devenant le terreau à partir duquel notre pratique s’approfondit. Chaque moment passé en communion avec le Divin est célébré comme une offrande, une grâce accordée. La méditation n’est plus une tâche à accomplir, mais une expression de gratitude sincère pour le sacré. La véritable Conscience du Soi ressemble à une immersion bienheureuse dans un océan de nectar, l’amrita. La félicité étant une gorgée de ce nectar de notre Vraie Nature. 

Maintenant. Sans soucis, sans mental, juste dans la Conscience du Soi, nous sommes tellement reconnaissants. Comment exprimons-nous cette gratitude ? Par une aspiration toujours plus profonde à être toujours plus présent au Soi : « Qui suis-je ? »

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